ENTRETIEN AVEC S.E LE GOUVERNEUR RICHARD MUYEJ MANGEZE MANS SUR LE DOSSIER DU LUALABA ET DES MINES

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DU CONTEXTE ET DE LA PRESENTATION DU LUALABA

 Le Lualaba est l’une des quatre nouvelles Provinces issues du démembrement de l’ancienne Province du Katanga et ce, après la grande réforme politico – administrative relative à la décentralisation ayant porte le nombre des provinces de 11 à 26. Le Lualaba garde l’essentiel de l’espace minier de l’ex Katanga ; autour de 75% des gisements connus se trouvent dans cette Province.

Le Lualaba a été fortement secoue par la crise qu’a connue la Gécamines et n’a pu bénéficier de l’attention de l’ancienne administration (2007 – 2015). A l’arrivée de la nouvelle gouvernance, tous les besoins sociaux de base étaient évoqués comme problèmes à résoudre à travers des cris de détresse lances par une foule immense lors de l’accueil de nouveaux dirigeants en Novembre 2015.

L’eau potable, l’éclairage public, l’éducation, la santé, l’emploi, l’exploitation minière artisanale, la voirie urbaine, les états des routes, le délabrement des infrastructures,… bref le tableau était sombre et l’avènement de la nouvelle équipe a suscité beaucoup d’espoir. Pour ne parler que de l’emploi, voici ce que nous retenons de l’entretien que nous avons eu avec le nouveau Gouverneur :

L’EMPLOI :

Nous sommes arrivés en pleine crise provoquée par la chute des cours des métaux au moment où les grandes entreprises fermaient ;

KCC et quelques sociétés avaient arrêté et il fallait observer l’engouement vers le secteur d’exploitation artisanale. Pour la population de cette province minière, la tendance était de chercher le pain quotidien à travers la petite exploitation. On parlait à notre arrivée de plus ou moins 70 000 creuseurs et à ce jour on parle de 120 000 creuseurs dans la ville de Kolwezi, les territoires de Lubudi et de Mutshatsha. Pour cette population, la solution était de s’orienter vers la petite mine et ces jeunes viennent de partout, surtout des provinces voisines. Le diamant étant devenu difficile à exploiter, la tendance était de se ruer vers les mines de cobalt et de cuivre du Lualaba.

Et l’engouement s’est accru avec la montée progressive des prix de ces minerais.

Ce flux migratoire à cause des problèmes de sécurité, d’encadrement et d’hygiène. Il n’a pas été facile d’encadrer ces compatriotes qui ont choisi cette occupation comme source de bonheur, car la plupart de ces creuseurs se sont installés dans des sites prives ou concessions réservées aux Joint – Ventures crées par la Gecamines et l’Etat congolais. Plusieurs entreprises sont affectées par ce phénomène notamment TFM, MUMI, KCC, SICOMINES, BOSS MINING, COMIDE et nous enregistrons des revendications et plaintes. Ce sont des dizaines des milliers de ces jeunes qui envahissent ces sites créant des problèmes de tous genres.

LE CAS KASULO

 D’autres se sont regroupés malheureusement sur des sites résidentiels, KASULO et TSHIPUKI notamment. Par site résidentiel, il faut entendre site habite par des communautés et non autorise par l’Etat pour ce genre d’activité ; et par conséquent non contrôle, et qui échappe totalement aux règles de sécurité et mode d’exploitation universellement reconnus. Les services spécialisés de l’Etat n’y sont pas installés.

Des années durant cette mauvaise exploitation s’est effectuée avec la présence sur site des enfants, les femmes vulnérables et aussi la fréquence d’accidents.

Les séances d’échanges ont été organisées et des réflexions menées pour :

  1. Mettre fin à cette exploitation anarchique dans les sites résidentiels qui risquait de créer préjudice au cobalt de la région dans sa phase de commercialisation ; 

  1. Définir un programme d’assainissement et de délocalisation des creuseurs des sites privés vers des Zones d’Exploitations Artisanales qui sont des sites destinés aux coopératives. Et le Gouvernement de la République a pour cette démarche mis à notre disposition 40 titres miniers nous autorisant donc d’organiser l’exploitation artisanale à travers 40 petits gisements de cuivre et/ou de cobalt.

Si pour le premier cas de Kasulo, le schéma d’assainissement et de délocalisation s’est avéré aisé, pour le deuxième, la délocalisation des creuseurs vers des ZEA est plus complexe parce qu’il s’agit de confirmer la présence des minerais, d’organiser la découverture afin de rendre le gisement accessible aux creuseurs et y installer des coopératives.

Revenant au cas de Kasulo, le schéma était aise parce que l’évidence de la présence des minerais a été établie de par le travail des creuseurs, essentiellement le cobalt mais aussi le cuivre. Ce qui restait à résoudre pour ce cas, c’était de décider soit d’interdire strictement l’accès a ce site en le déclarant ≪ Zone Rouge ≫, ce que le Ministre national des Mines a eu à faire, soit de créer des conditions d’exploitation saine, c’est-a-dire en supprimant toutes les conditions susceptibles de créer des préjudices avant de les réouvrir aux coopératives minières.

Le premier schéma donc de ≪ zone rouge ≫ n’était pas facile à réaliser parce que les communautés vivant sur le site ont toutes verses dans la clandestinité et souvent la nuit et dans leurs parcelles respectives et parfois dans les chambres de la maison avec la multitude d’incidents déjà évoqués d’affaissement de terrain, d’éboulement avec la présence des femmes vulnérables et des enfants…

Il nous a donc paru inévitable d’opter pour le schéma d’assainissement total du site, c’est-à-dire :

  • négocier la délocalisation de ces communautés vers un autre site et donc libérer totalement le site de ces habitants, y organisera découverture esthétique pour supprimer les galeries dangereuses existantes, y installer les services publics pour le contrôle et le suivi, isoler totalement le site des autres habitations du quartier Kasulo en érigeant une immense clôture avec une imposante barrière pour le contrôle des entrées et des sorties et éviter ainsi la présence des personnes non indiquées ; 
  • organiser une évaluation pour s’assurer des conditions d’une exploitation artisanale contrôlée et encadrée, et demander enfin l’autorisation du Ministre national des mines afin de lever l’embargo et déclarer ainsi ce site ; Zone d’Exploitation Artisanale .

Toute cette procédure a un cout, auquel la Province ne pouvait faire face. Il nous a fallu chercher un partenaire au sein de la communauté des négociants et autres acheteurs des minerais issus de l’exploitation artisanale.

L’appel a donc été lance, nous avons enregistré des prétentions, des ambitions selon la taille des demandeurs et nous avons jeté le dévolu sur la firme CDM du groupe chinois HUAYOU pour nous accompagner dans ce délicat programme.

Le tableau que présente les résultats de cette démarche aujourd’hui constitue l’effet d’une reforme dans le secteur de l’exploitation artisanale que nous sommes tentes d’élargir sur d’autres espaces constitues des ZEA mis à la disposition de la Province par le Gouvernement de la République.

QUEL EST LE TABLEAU A CE JOUR ?

 Le constat à ce jour, avant l’évaluation a l’issue du premier trimestre se présente comme suit :

  • Aucun accident grâce à la découverture esthétique ; 
  • Aucune personne non identifiée sur le site grâce au contrôle facilité par la seule porte d’accès au site et au port des badges ; 
  • Des cartes d’identification ont été distribuées aux creuseurs estimés à 12 000 sur l’espace de 2 carrés miniers et ces cartes leur donneront bientôt accès à la mutuelle de santé en élaboration avec le soutien du partenaire. 
  • Les statistiques sont bien tenues et permettent au Gouvernement d’appliquer les taxes dans les conditions régulières ; 
  • La présence des services de l’Etat sur le site nous a permis de mettre en évidence les dégâts causés par l’exploitation anarchique pendant de longues années avant notre arrivée. Principalement d’importantes galeries sur un grand espace du quartier affectant même la RN39 qui est une route nationale reliant Kolwezi à Dilolo sur près d’un Kilomètre. Ce qui nous a amené à bloquer le passage sur ce tronçon et organiser une déviation des camions à grandes charges et autres engins ; et les équipes de génie civile sont à pied d’œuvre pour approfondir les méfaits causés sur ces artères pour mieux organiser leur réparation.

QUID DE LA QUESTION DE LIBERATION DES CONCESSIONS PRIVEES PAR LES CREUSEURS ?

 Nous tenons à souligner que des démarches sont menées par le Gouvernement provincial pour le programme de financement de découverture des ZEA déjà visitées par les équipes géologiques de la Gécamines et dont le contenu minier a été confirmé. Notons qu’une douzaine au total pour cette première phase de découverture. Des ouvertures se présentent déjà :

SICOMINES a mis à notre disposition 2 millions de dollars pour soutenir ce programme et de plus en plus des investisseurs se présentent, répondant à notre appel.

Nous avons donc la conviction que dans les mois qui suivent, d’ici le mois de mars ou avril, les travaux de découverture vont démarrer et au cours du second semestre 2018, les premiers mouvements de délocalisation pourront s’effectuer selon les normes et au bénéfice de tous. Il nous faut aider les partenaires miniers de la Gécamines et de l’Etat à recouvrer leurs droits.

QUID DES REVENDICATIONS ET CONDAMNATIONS SUR LE DOSSIER KASULO ?

 La transformation de Kasulo comme zone rouge en site artisanal pilote a suscité des commentaires dans tous les sens, allant des revendications aux condamnations. Nous avons compris qu’il s’est agi d’une forme de résistance au changement d’autant plus que toute réforme a souvent tendance à faire peur dans ses débuts.

Si nous avons réussi à sauvegarder l’activité des coopératives sur ce site, nous avons par conséquent écarté du site des négociants au profit du seul investisseur qui a financé le programme. Ce qui provoque un front d’opposition à la reforme.

Ces négociants qu’on appelle couramment ≪ BOSS ≫ qui sont des nationaux, financièrement fragile et ont derrière eux des sponsors de toutes nationalités : libanais, indiens, chinois et autres qui ont constitué une puissante source d’agitations et qui n’ont cessé de plaider pour maintenir le statu quo, c’est –à- dire rentrer à l’exploitation anarchique, non contrôlée, à la clandestinité, à la sortie des minerais sans maitrise des statistiques et a la détérioration de l’environnement sans aucun espoir de reconstruction ou de réhabilitation.

Pour eux, ce qui compte c’est gagner, les accidents ce n’est pas leur affaire, c’est la Mairie qui enterre, la présence des personnes non indiquées sur le site n’est pas leur affaire, c’est le minerai qui les intéresse. Et même quand nous parlons de l’élargissement de l’expérience de Kasulo sur d’autres sites ; nous les invitons à s’associer, se regrouper pour s’approprier des sites et appliquer la procédure en cours à Kasulo : faire la découverture et bénéficier du privilège d’achat du minerai exploite sous contrôle ; ils n’en veulent pas. Malheureusement et contre toute attente, personne ne vient, ceux qui viennent sont les autres investisseurs. Vous comprenez qu’ils ont longtemps évolué hors du contrôle de l’Etat et veulent que cela continue. C’est une tradition folle qui s’est installée et se rapproche de la mafia et donc difficile à intégrer dans le programme du Gouvernement ; elle risque donc de faire que cette exploitation ne puisse profiter à l’essor du Gouvernement et a l’émergence de la classe moyenne tant souhaitée.

Le constat est que 20 ans après la mise en œuvre de ce programme, rien ne montre son impact positif.

DE LA RELOCALISATION AU SITE DE SAMUKINDA

 

SAMUKINDA est le site mis à disposition par la Province pour accueillir les délocalisés. Dans ce processus de relocalisation, hormis la parcelle qui était gracieusement donnée a tout le monde, il y avait un choix à faire par les intéressés eux-mêmes entre prendre l’argent (frais d’indemnisation) ou se faire construire une nouvelle maison. La plupart des membres de cette communauté ont préféré prendre l’argent car leurs anciennes maisons transformées en mini carrières, leur avaient déjà permis d’acheter ou de construire des bâtisses sur d’autres sites.

Les agitations qui se sont muées en revendication étaient les faits de manipulations des anciens négociants et de certaines organisations de la société civile, qui estimaient n’avoir pas été suffisamment associées.

L’EPINE TSHIPUKI

TSHIPUKI dérange et indispose ! Le site est envahi de manière anarchique. Il nous faut accélérer le processus de découverture des ZEA pour mieux organiser la délocalisation. Nous nous réservons pour le moment de recourir à la force.

A Kasulo, CDM est de nouveau ouverte aux négociations pour réajuster les taxes en rapport avec l’envol du prix de Cobalt. C’est donc un partenariat qui s’avère utile.